La famille Geille de Saint-Léger

 

Louis Geille de Saint Léger de Bon Recueil mort guillotiné à Paris en 1789

Son portrait, peint en émail par Pasquier, figure à l’exposition dans le salon du Louvre, le 25 août 1777.

Charles Geille de Saint-Léger, décédé le 12 janvier 1792 à Paris, est le fondateur de la ligne.

Gentilhomme de la Province d’Auvergne, chevalier, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris et de Valence, il était devenu médecin du roi et premier médecin de ses armées après avoir été médecin ordinaire de la Cavalerie de France et Étrangère. Il avait fait ses études de médecine à Clermont, dans le berceau de sa famille avant de revenir à Paris vers 1750. Il apparaît ainsi notamment dans le catalogus doctorum-regentium facultatis medicinae parisiensis anno M. DCC. LVIII.

On le voit désigné dans L’Almanach Royal et dans les Commentaires de la Faculté de Médecine de Paris en ces termes :

Me Carolus Geille de St-Léger, Claromontensis, eques, consiliarius medicus Regis ordinarius, Primi ordinis et totius Equestris agminis in exercitu medicus primarius

Sa spécialité, la vénérologie, lui fit connaître bien des secrets des grands de son époque, et il avait des relations étendues à la cour et dans les hautes sphères parisiennes, notamment depuis son initiation en 1776 à la loge Saint Juvénal (Grand Orient de Paris).

Il était issu d’une famille de « praticiens », c’est-à-dire de juristes. Son père était huissier à cheval au Châtelet de Paris, de même que son grand-père, lui aussi huissier à cheval au Châtelet, qui était officier de la reine mère, Anne d’Autriche, mère de Louis XIV.

La famille Geille a son berceau en Auvergne, comme en attestent des noms de commune comme Gelles (ancienne paroisse de Geille), le village (ou mas) de Brugeilles dans la commune de Torsiac (où se trouve le château du même nom, ancienne propriété des Templiers), en Haute-Loire, mais en bordure du Puy-de-Dôme, ou encore le village « Chez Geille » dans la commune de Saint-Étienne-des-Champs. La graphie du nom Geille a varié selon les lieux et les époques, et les formes Gelhe, Geilly, Gély et Géli, entre autres, sont courantes. « Geli en Auvergne » est mentionné dans l’armorial de 1698. On pense que l’ancêtre le plus lointain est Jean Gély, écuyer de la paroisse de Valuéjol, qui vivait en 1285, dans les montagnes d’Auvergne (actuel Cantal). Une branche de cette famille s’établit à Saint-Flour (Cantal) et son nom finit par se fixer sous la forme de Gillet (seigneurs de Montagnaguet, d’Auriac, de Védernat, de Coren, de Brons, barons d’Aurouze). Une autre branche de la famille Gély s’établit à Pontgibaud, Clermont et Riom, et la graphie du nom finit par s’établir, très tardivement (XIXe siècle), à la forme Geille. Cette famille s’allia par exemple avec la famille Chirol (seigneurs des Chirols, de Banlaud, etc.) au début du XVIIe siècle. Elle donna la branche des Geille de Saint-Léger et des Geille de Saint-Julien, dont les descendants abandonnèrent progressivement la particule après la Révolution.

Selon une tradition familiale, que nous citons à titre de simple curiosité, la famille Geille serait issue d’une lignée celte noble comptant des druides à chaque génération, ce qui expliquerait qu’encore de nos jours, plusieurs membres de la famille soient « guérisseurs ». Il est vrai, cela dit, que le village de Chez Geille est connu pour son dolmen de la Pierre de la Fade (pierre de la fée).

Charles Geille de Saint-Léger épousa en premières noces en 1742 à Clermont noble Anne Varin de Varenne, fille de Guillaume Varin, sieur de Varenne, écuyer de Charles-Amédée de Broglie, comte de Revel, et d’Anne Catherine Thierry. Anne Varin de Varenne était la petite-fille de Henry Varin, écuyer, contrôleur général des monnaies de France, intendant des Bâtiments du Roi, du côté paternel, et de Jean Thierry, officier du roi et chef d’office du duc de Créquy, du côté maternel. Son arrière-grand-père était Jean Warin (1607-1672), Conseiller du roi en ses conseils, intendant des bâtiments de Sa Majesté, conducteur et tailleur général des monnaies au moulin de France, membre de l’Académie de Peinture et de Sculpture.

Une seule fille naquit de ce premier mariage, Anne Catherine Geille de Saint-Léger (1744-1796), épouse de Me Antoine Margeride, notaire royal à Vic-le-Comte.

Après le décès de sa première épouse, Charles Geille de Saint-Léger eut une maîtresse, Marie Claire Geneviève Dumoutier, dite demoiselle de Rottemond, fille naturelle de noble Jean-François Capron, l’un des plus célèbres dentistes de Louis XV. On la décrit ainsi dans un rapport de police (ancêtre des services de renseignement de l’époque) :

De petite taille, mais bien faite, le visage rond, les yeux grands et noirs, les cheveux châtains, est dans un bon embonpoint. Elle a la gorge très-jolie et bien placée, la peau assez blanche. Elle est remplie de talent, a l’esprit orné ; sachant très-bien la musique, peignant en miniature ; elle danse avec grâce.

Ils eurent un fils, Charles Geille de Saint-Léger, dit de Bonrecueil (1753-1818), franc-maçon comme son père, et franc-maçon fameux, et bonapartiste. Il devint Inspecteur Principal des Douanes Impériales à La Ciotat. Il était également graveur amateur et bibliophile. C’est de cette branche que sont issus les artistes Amédée Barthélémy Félix Geille (1803-1843, l’un de ses fils), graveur d’histoire et ami de la femme de lettres Marceline Desbordes-Valmore, ainsi que Léon Marie Casimir Geille de Saint-Léger (1863-1937, arrière-petit-fils de Charles), peintre et dessinateur d’inspiration principalement orientaliste.

En 1758, Charles Geille de Saint-Léger se résolut au remariage et épousa en secondes noces à Paris Catherine Elisabeth Lauvin qui, comme lui, écrivait des romans anonymes ou sous pseudonymes. Il avait en effet déjà publié deux romans avant 1785 (voir Joubert: énigmatique et délicieux, André Billy, Gallimard, 1969, p. 32). Elle était la fille de Joseph Lauvin, officier inspecteur sur les veaux et officier sur les ports de Paris.

Deux filles et un fils naquirent de cette seconde union.

  1. La première, Marie Rosalie Geille de Saint-Léger (1757-1824) épousa François Julien de Colleville, écuyer, fils de Pierre Charles de Colleville, fermier général des rentes de l’abbaye d’Ardennes. François Julien de Colleville fut nommé au grade de sous-lieutenant du 1er régiment de cavalerie le 8 juin 1780 et refusa de prêter le serment le 3 juillet 1791. Il s’exila (seul) et mourut en émigration (avant 1815). Ils eurent toutefois auparavant un fils, Amédée François Julien de Colleville, né à Paris en 1790. Celui-ci fut fait chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur le 15 février 1815 alors qu’il était garde du corps du roi, compagnie écossaise (avec rang de lieutenant dans la cavalerie).
  2. La seconde fille de Charles Geille de Saint-Léger et de Catherine Elisabeth Lauvin fut la femme de lettres Anna-Hyacinthe Geille de Saint-Léger (1761-1821), qui écrivit sous le nom de plume d’Anne Hyacinthe de Colleville.
  3. Ils eurent encore un fils, écuyer, Ambroise-Pierre Geille de Saint-Léger, qui fut reçu garde du corps dans la compagnie écossaise le 5 octobre 1787. À Versailles les 5 et 6 octobre 1789, sur le point d’être victime de la fureur de la foule, il fut sauvé par Baptiste Cadet, un artiste du théâtre français, ami de la famille. Il émigra, fit la campagne de 1792 à l’armée des Princes, prit part à la défense de Maestricht en 1793, puis gagna l’Angleterre. Il rentra dans sa compagnie à la Restauration, et fut créé chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis par ordonnance du 6 juillet 1814. Il mourut le 10 janvier 1815 à Paris.

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